Fanzines et mail club : plongée dans une culture visuelle indépendante qui revient

Fanzines et mail club : plongée dans une culture visuelle indépendante qui revient

Il y a un geste tout simple qui est en train de redevenir précieux : ouvrir sa boîte aux lettres et y trouver, au milieu des factures et des publicités, une enveloppe différente. Plus petite, plus colorée, avec une écriture qui n'est pas celle d'un logiciel. À l'intérieur : un dessin, un petit texte, un sticker parfois un fascicule entier fait à la main.

C'est exactement ce que proposent les fanzines et les mail clubs, deux formats qui semblaient appartenir au passé et qui reviennent aujourd'hui porter une certaine idée de la création : indépendante, lente, sincère, et résolument déconnectée des algorithmes.

On a voulu comprendre ce qui se cache derrière ces mots, et pourquoi toute une génération d'illustrateurs.ices choisit aujourd'hui ces formats plutôt qu'un simple post Instagram.

Le fanzine : la presse indépendante qui n'a jamais vraiment disparu

Une histoire de contre-culture

Le fanzine (souvent raccourci en "zine") existe depuis des décennies. Il a accompagné les mouvements punk, les communautés de fans de science-fiction ou encore les militantismes underground. Sa définition reste simple : une petite publication autoproduite, imprimée en quantité limitée, qui échappe complètement aux logiques de l'édition traditionnelle.

Pas de comité de lecture. Pas d'algorithme à satisfaire. Pas de calibrage pour plaire au plus grand nombre. Un zine, c'est une parole libre, mise en forme avec les moyens du bord. Le plus souvent quelques feuilles pliées et agrafées, parfois enrichies d'une impression artisanale qui leur donne tout leur caractère.

Ce qui se cache dans un fanzine d'illustration

Un fanzine d'illustrateur.ice peut prendre plusieurs formes : un carnet de voyage dessiné, une série d'observations du quotidien, une exploration graphique autour d'un thème précis, une bande dessinée courte, ou simplement un recueil d'images sans fil narratif autre que la cohérence d'un univers visuel.

Ce qui les réunit tous : une économie de moyens assumée. Pas besoin d'un gros budget d'impression professionnelle pour exister. Une photocopieuse, une agrafeuse, et une idée suffisent à donner naissance à un objet qui aura plus de personnalité qu'une production léchée et calibrée.

Pourquoi les zines reviennent en force ?

Le retour en force du zine s'explique en partie par une lassitude bien réelle : lassitude des réseaux sociaux qui imposent leurs formats, leurs algorithmes, leur exigence de régularité. Un zine, lui, n'a pas besoin de plaire à un algorithme. Il se feuillette, on le garde sur une étagère, on le prête à quelqu'un. 

Pour les illustratrices et illustrateurs indépendants, c'est aussi un terrain d'expérimentation libre : on peut y raconter une histoire personnelle, documenter un voyage, explorer une palette graphique sans se soucier du format "post Instagram". C'est un espace de création sans contrainte commerciale immédiate.

Et c'est aussi, souvent, un très bel objet : le papier choisi avec soin, la pliure travaillée, parfois une couverture en risographie ou en sérigraphie qui rend chaque exemplaire légèrement unique. Le zine n'a pas besoin d'être parfait pour être beau, c'est même tout l'inverse.

D'ailleurs, c'est en découvrant les zines que nous avons eu envie de faire le notre. Comme un carnet, pour raconter les détails de nos voyages et qui vient compléter les packs de nos mini puzzles Echappée.

mini puzzle norvège échappée pièce rapportée puzzle poche

👉 Pack mini puzzles de voyage Norvège et pack mini puzzles de voyage Bordeaux

Le mail club : quand l'illustration retrouve le chemin de la boîte aux lettres

Une définition qui sonne presque nostalgique

Le mail club (qu'on pourrait franciser en "club du courrier") repose sur un principe très simple : un.e illustrateur.ice propose un abonnement, et chaque mois (ou chaque trimestre), les abonné.es reçoivent une enveloppe dans leur boîte aux lettres. À l'intérieur : une carte postale, une illustration originale, parfois un petit texte, une affiche, un sticker et parfois même un mini-fanzine, les deux formats se mêlant souvent avec naturel.

C'est l'inverse complet de la consommation numérique instantanée. On attend. On guette sa boîte aux lettres. On découvre l'enveloppe avec une excitation presque enfantine, celle qu'on avait, enfant, à recevoir une lettre à son nom.

Pourquoi ça touche autant ?

Le mail club réussit quelque chose que peu de formats numériques arrivent à reproduire : il transforme un geste de consommation en rituel sensoriel. Le papier qu'on touche, le tampon sur l'enveloppe, l'écriture parfois manuscrite de l'illustrateur.ice. Tout ça crée un lien beaucoup plus intime qu'un post qui défile sur un fil d'actualité.

Il y a aussi quelque chose de l'ordre du temps long : on ne reçoit pas tout d'un coup, on découvre par fragments, mois après mois. C'est un peu comme suivre une série plutôt que regarder un film en entier. L'attente fait partie du plaisir. C'est un peu le même principe que notre box puzzle Pièce rapportée !

Une relation directe entre l'artiste et sa communauté

Pour les artistes, le mail club est aussi un moyen direct de vivre de leur travail sans dépendre des algorithmes des réseaux sociaux ou des plateformes de vente classiques. Une relation simple et continue avec leur communauté, sans intermédiaire, sans publicité payante, sans bataille permanente pour la visibilité.

C'est un modèle qui rappelle, à plus petite échelle, les box d'abonnement : la fidélité se construit dans la durée, pas dans l'instantané. Et c'est précisément cette régularité qui transforme des abonné.es en véritables soutiens d'un travail créatif.

Parmi nos mails club préférés, on vous recommande celui de l'illustratrice Lara Flo et son market club.

Pourquoi cette culture visuelle revient précisément maintenant ?

Si l'on prend un peu de hauteur, ce retour collectif vers le fanzine et le mail club raconte quelque chose de plus large sur notre époque.

Une fatigue du tout-numérique. Après des années passées à consommer de l'image en continu sur des écrans, beaucoup ressentent le besoin de revenir à quelque chose de tangible. Un objet qu'on tient, qu'on range, qu'on retrouve.

Une méfiance grandissante envers l'image générée. À mesure que l'intelligence artificielle produit des illustrations en quelques secondes, la valeur de l'image faite main, imparfaite et signée par une vraie personne, augmente. Le fanzine et le mail club sont des garanties visuelles d'authenticité. On sait qu'il y a une main humaine derrière, du premier trait jusqu'au pli de l'enveloppe.

Une envie de ralentir. Cette culture s'inscrit naturellement dans les mouvements de slow living : on choisit la lenteur de la fabrication artisanale, la patience de l'attente postale, le plaisir simple de feuilleter plutôt que de scroller.

Une communauté plutôt qu'une audience. Les artistes qui choisissent ces formats créent souvent des liens beaucoup plus forts avec leur public. Un public restreint, mais fidèle, attentif, engagé. C'est l'antithèse de la viralité : on préfère toucher dix personnes profondément que mille personnes superficiellement.

Retour au blog

Laisser un commentaire

Veuillez noter que les commentaires doivent être approuvés avant d'être publiés.